Chapelle/Bonifacio 


Une chapelle, cimetière marin de Bonifacio
Il y a d'abord un lieu, au bout d'une île, un promontoire sur la mer, ouvert au ciel et aux vents, beau par tous les temps, lieu de pierre et de mémoire, indifférent aux tempêtes : le cimetière marin de Bonifacio.
Des placettes, des rues bordées de façades blanches, roses ou grises, des tympans grecs ou des motifs génois, des mosaïques orientales et des colonnes romaines, des murs carrelés ou nus, lisses ou râpeux, des toits aux courbes molles ou aux pentes sèches, des noms qu'on aperçoit dans l'ombre derrière les portes à claire-voie : la ville des morts, accrochée à la falaise, se dresse contre l'enfouissement et la disparition.

Il y a ensuite une rencontre entre Bonifacio et une jeune femme grecque d'origine, qui d'emblée et pour toujours s'y reconnut chez elle.
Il y a encore un drame, celui de la mort prématurée de cette femme qui aimait tant la vie, le soleil, l'appel de la mer et l'invitation au voyage.
Il y a enfin la volonté simple et forte d'un époux de célébrer au-delà de la mort ce qui faisait la valeur et la richesse de l'existence de celle qu'il aimait.
Il y a donc, à l'extrémité du cimetière de Bonifacio, née de toutes ces circonstances, de tous ces hasards et de la nécessité de mémoire, cette chapelle blanche, souvenir d'une vague,
traversée de lumière, sous les signes solaires et marins de la civilisation méditerranéenne.

Au Nord et à l'Ouest, à la poursuite de ses frères crétois chargés de conduire les morts vers les îles des Bienheureux, un dauphin bondissant perce le ciment et le fer.
Au Sud, le soleil suit les contours de son double creusé dans la pierre, pénètre dans la chapelle et, au gré des saisons, à chaque heure du jour, naissent et meurent ainsi d'autres soleils, flous ou précis, concentrés ou étirés, palpitant sur les murs blancs, caressant les faïences bleues.
Et parfois, jusque tard dans la nuit, une veilleuse brûle près d'une icône.

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