Eau Vive 


L’eau vive, le spectacle de l’eau.

Le processus « créatif » :Hiver 2005, visite du nouveau MOMA et de sa boutique. Littérale sidération devant les comptoirs de vente qui se présentent comme de longs monolithes noirs couchés sur le sol de la boutique et qu’on aurait d’abord installés là, parallélépipèdes bruts d’une matière proche de la pierre, avant peut-être de construire le musée autour et avant de les creuser pour les adapter aux fonctions auxquels ils sont destinés.

La réalité: l’absence de joint visible, qui donne cet effet de masse continue, cette absence de « couture », est le résultat d’une mise en œuvre spécifique au matériau utilisé : le Corian®. L’assemblage des panneaux de ce matériau se fait par « soudure » à froid, et cette soudure est invisible.

Révélation : l’usage de ce matériau n’est pas limité à la morne fabrication de paillasses de laboratoires blanc ou crème.
Le traitement final, un polissage satiné, crée comme un halo sensuel et raffiné autour de l’objet.

Courant 2006, je dois concevoir une salle de bain, ou, plus génériquement, une pièce d’eau, pour un projet personnel. Je ne suis pas satisfait par les offres industrielles et commerciales, je ne veux pas de trinité lavabo-baignoire-douche. J’ai envie de limiter le nombre de «sources », je veux pouvoir m’écarter des parois.

Bref, je veux m’affranchir du carcan de la démarche conceptuelle obligée en la matière.

J’ai l’idée d’un long plan presque plat et assez étroit, à la hauteur d’un lavabo, mais un plan de travail sans cuvette, avec un rebord à peine marqué, très bas, pour simplement guider le parcours de l’eau. Avec une seule source, un seul robinet à une extrémité du dispositif, l’écoulement le long de ce plan serait alors simplement régi par la gravité, l’eau irait finalement se déverser dans un bac peu profond, au ras du sol, qui servirait également de receveur de douche. L’ensemble serait fabriqué en Corian®, dont l’emploi garantirait cette fameuse « continuité », l’absence de « couture ».

Le projet ne se fait pas, mais l’idée demeure de cette« continuité », de cette fusion, de cette économie de « sources », de cette évasion de la nomenclature.

Dessiner un objet comme une île.

Pour s’affranchir des parois, tourner autour de l’objet et en voir ainsi toutes les faces et tous les aspects, et que cet objet cumule toutes les fonctions de la toilette :Se laver debout : les dents, les mains, le visage, ou les cheveux, alors que l’eau coule sur un plan très légèrement incliné et qu’on ne la retient pas. Se laver dans un bac, un bassin, un receveur, plus ou moins profond, plus ou moins large, plus ou moins haut et donc garder l’eau ou pas. Qu’un seul robinet, indépendant de l’objet, commande l’écoulement sur le plan incliné ou le remplissage du bassin. Que l’eau s’évacue par une seule bonde commune. Que le « module » puisque indépendant, affranchi de tout appui à une quelconque paroi, permette malgré tout de disposer, à portée de main, des flacons et ustensiles variés utiles aux divers usages de la toilette et soit donc équipé d’une tablette où les poser.Que le concept « plastique » ou « stylistique » soit clair et affirmé : pas de courbes enroulées ou de molle sensualité des moulages, mais la vivacité crue des plans et des arêtes, la tonicité des feuilles et des plis, comme un origami géant et minéral. Et caresser la vibration halogène du matériau adouci par le ponçage. Et dire que la contemplation du parcours de l’eau n’est pas une incitation à son gaspillage mais bien la possible révélation de sa fragilité, le possible souci de son économie. des mots :

bassin/fontaine/source/lit/amont/aval/ravin/combe
et, plus largement, tout le champ lexical de l’eau vive, de l’eau courante, plus Bachelard.

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